2015

Emma - Monsieur et madame... 
Sacha- Pignon... 
Emeline - vous font part... 
Marc - du... 
Elise - La cérémonie aura lieu... 
Kenza - dans deux jours... 
Marine - à Strasbourg...
Mélina - le 20 juin...
Charleen - de 10h à 14h...
Tous - quoi ?
Mélissa - Mais non, 16h...
Chloé – Que chacun revête ses plus beaux atours !
Bénédicte – Que l'on mette les vêtements des jours de fête !
Clara - tout le monde est attendu...
Margaux - à Notre-Dame des enfants perdus...



Clara - Nous sommes aujourd'hui réunis dans la maison du Seigneur, avec Ernest, pour l'accompagner dans sa nouvelle vie, dans son nouveau départ. Nous, ses frères, ses parents, sa famille, ses amis, ses proches, tous, nous avons un souvenir avec Ernest. Compagnon des jours heureux, compagnon des heures sombres, Ernest Pignon, nous ne t'oublierons pas. Puisses-tu marcher aux côtés du Seigneur, inondé de sa lumière et éclairé de son amour...

Elise / Marc - LECTURE de l’Apocalypse de saint Jean. 
« Moi, Jean, j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre avaient disparu; et il n’y avait plus de mer. Et j’ai vu descendre du ciel, d’auprès de Dieu, la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, toute prête, comme une fiancée parée pour son époux. Et j’ai entendu la voix puissante qui venait du trône divin; elle disait: «Voici la demeure de Dieu avec les hommes; il demeurera avec eux, et ils seront son peuple, Dieu lui-même sera avec eux. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort n’existera plus; et il n’y aura plus de pleurs, de cris, ni de tristesse; car la première création aura disparu.» Alors celui qui siégeait sur le Trône déclara: «Voici que je fais toutes choses nouvelles. Je suis l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin. Moi, je donnerai gratuitement à celui qui a soif l’eau de la source de vie: tel sera l’héritage réservé au vainqueur; je serai son Dieu, et il sera mon fils.»

Mélissa - Alors, puisque vous en parlez le premier, on aimerait bien savoir ce qu'il en est, de son héritage...
Clara - Son héritage... ?
Mélina - Oui... L'héritage du Pignon...
Marine - Oui... Le pognon du Pignon...
Kenza - Non mais franchement, vous trouvez ça drôle ?
Julie - Mais non, le curé, quand il parle d'héritage, c'est métaphorique...
Marine - Métaphorique, ça veut dire quoi ? On le touche, ou on le touche pas ?
Julie - C'est une façon de parler, c'est une image...
Mélina - Ouais... on n'est peut-être pas bien malins, mais il a pas dit « image », il a bien dit « héritage »...
Mélissa - C'est vrai... il l'a dit...
Julie - Et c'est vrai, vous n'êtes pas bien malins...
Clara - Allons, mes enfants, nous sommes dans la maison du Seigneur...
Mélissa - Vous, ça va, hein... la maison du Seigneur, ça vous empêche pas de faire la quête...
Mélina - Surtout que comme c'était une vraie grenouille de bénitier, ça m'étonnerait pas qu'il vous ait laissé un petit quelque chose... 
Bénédicte – Faut avouer... Question bondieuseries, on était plus proches de la secte que de Vatican 2...
Clara – Ma fille !
Emma – Remarquez, c'était récent, son côté cul béni...
Clara – Ma fille !
Emeline – Ah, ça, c'était pour faire comme son patron...
Emma – Ah bon... ? Il était comme ça... ?
Emeline – Ben... Si son patron avait été danseuse brésilienne, il se serait promené avec une plume dans le...
Clara – Ma fille !!! (…) Alors, vous croyez qu'il m'a laissé un petit quelque chose... ?
Julie – Avec ça, vous pourriez refaire le toit de l'église, par exemple...
Bénédicte – Oui... parce que toute la messe sous un parapluie, c'est pas confortable...
Emma – Ou faire rempailler les chaises...
Emeline – ça, faut reconnaître qu'un de ces jours, on va se retrouver le derrière sur le carrelage...
Bénédicte - Ou faire installer le chauffage...
Chloé – ça, faut reconnaître qu'on se caille les miches, dans la maison du Seigneur...
Marine – Vous acheter une nouvelle chasuble...
Margaux – vous acheter une nouvelle voiture...
Mélina – passer le permis !
Mélissa – payer la bonne !
Clara – Allons, mes enfants... Les biens de ce monde ne m'intéressent pas...

Sacha - C'était quand même un type sympa...
Emeline - Oui... Il avait bon cœur...
Enzo - Enfin... bon... pas tant que ça...
Kenza - Franchement, vous trouvez ça drôle... ?
Maria - Non, c'est vrai, je n'ai pas le cœur à rire...
Emma - Moi non plus... J'en ai gros sur le cœur...
Mélina - Pareil... Tout ça m'est resté sur le cœur...
Mélissa - Moi, ça m'a brisé le cœur...
Marine - Enfin, on oubliera...
Julie - Oui... Loin des yeux, loin du cœur...
Maria - Et puis généreux...
Léa - Le cœur sur la main... !
Elise - Un cœur gros comme ça... !
Marc - Un cœur d'or... !
Louise - Être son ami, ça mettait du baume au cœur...
Kenza - Et pas fainéant... !
Chloé - C'est vrai... Il avait toujours du cœur à l'ouvrage...
Emma - Il y allait toujours de bon cœur...
Emeline - Il le disait toujours : « A cœur vaillant, rien d'impossible... ! »
Bénédicte - Par contre, je ne voudrais pas dire du mal, mais, je peux vous demander un truc... ?
Margaux - Si le cœur vous en dit... Allez-y... 
Bénédicte - Ben... J'aimerais en avoir le cœur net... il se prenait pas un peu pour un bourreau des cœurs... ?
Charleen - Ah ça... Les filles, il y allait de bon cœur...
Léa - Il s'en donnait à cœur joie...
Enzo - Dès qu'il voyait un jupon, il arrivait la bouche en cœur...
Sacha - Il pouvait pas s'empêcher de faire le joli cœur...
Marc - Un vrai cœur d'artichaut...
Emma - Toujours prêt à donner son cœur...
Elise - Mais... il arrivait à conclure, au moins... ?
Kenza - Bof, vous savez, cœur qui soupire n'a pas toujours ce qu'il désire...
Léa - Et puis, il faut bien le dire, mais pour le supporter, il fallait avoir le cœur bien accroché...
Julie - Oui... Le plus souvent, elles avaient plutôt le cœur au bord des lèvres...
Marine - Ah... ? L'odeur... ?
Tous - Non... L'humour...
Margaux - Du coup, la plupart du temps, il devait faire contre mauvaise fortune bon cœur...
Sacha - Enfin... Bon cœur... pas tant que ça...



Kenza
Si tu n’es pluie, mon amour 
Sois arbre 
Rassasié de fertilité, sois arbre 
Si tu n’es arbre mon amour 
Sois pierre 
Saturée d’humidité, sois pierre 
Si tu n’es pierre mon amour 
Sois lune 
Dans le songe de l’aimée, sois lune 
[Ainsi parla une femme 
à son fils lors de son enterrement]



1. Sacha - On voulait vous remercier de nous avoir invités à l’enterrement.
2. Léa - Ah oui…
3. Enzo - Ah oui. On a trouvé ça bien, impeccable. 
2. ça vous a plu ?
1. Ah beaucoup, hein… euh… j’ai pas l’habitude de faire des compliments… Mais j’ai trouvé ça… Et puis tout… Tout m’a plu…
2. Ah ben euh… j’ai mis le paquet…
3. Ah oui… j’ai bien vu… Et puis le deuil vous va drôlement bien…
2. Ah oui ? 
1. Ah oui… oui … non … sans faire de compliments… Et puis tout… j’sais pas… Quand j’ai vu le… l’espace diesel arriver… 
2. Ah oui…
1. J’ai trouvé impeccable … noir … Vitres teintées… Et tout impeccable …
2. J’ai pas hésité hein… La messe c’est pareil … c'était aux p’tits oignons… 
3. La messe … Ah ben... Ah… je… C’est ce que j’me suis dit… J’me suis dit « la messe, c’est aux p’tits oignons… »
2. Ah oui…
3. Pi le curé… Sa belle chasuble … La p’tite mirabelle d’enfants d’chœur qui l’suivait…
2. Le cercueil était…
1. Ah ben … c’était du chêne …
2. Magnifique… ouais…
3. C’était du chêne au moins…
2. Imperméabilisé, oui, en chêne…
1. Ah oui… oui … oui …
2. Velouré rouge …
3. A … A l’intérieur ?
2. Oui … cloûté doré …
1. On n'a pas osé regarder à l’intérieur …
2. Ah ben vous auriez dû parce qu’il a été ouvert pendant deux jours…
3. Ah ben oui… oui oui … On n'a pas osé… On s'est dit, si tout le monde l’ouv’e le r’ferme…
2. Ben non … non, fallait pas hésiter…
1. Ah ben oui … oui…
2. J’peux vous dire que ça m’a coûté un paquet…
3. Ah ben oui … oui … Et pi tout était …
2. Un paquet …
1. Pi j’voulais vous le dire …
2. Pi mon plan d’épargne … il est …
3. Parce que c’est rare de réussir aussi bien les enterrements. .. 
2. Ben j’vous dis… mon plan d’épargne il est … 
1. Vot’ PEP ?
2. Oui… mon PEP … oui … il est mort …
3. J’étais pas… bon … ben … j’étais pas au courant…
2. ça a été … euh… fatal…
1. Vot’ PEP qu’est mort, quel âge qu’il avait ? 
2. Pffffff… A peine 5 ans…
3. A peine 5 ans…
2. 5 ans … tout juste …
1.J’étais pas au courant… il vous reste un PEA, quand même...
2. Oui mais enfin bon...
3. C'est pas pareil...
2. C'est pas la même chose...
1. C'est pas la même chose... Pauvre monsieur Pignon...

L'enterrement : Elise / Louise
Elise - Je ne sais rien de gai comme un enterrement !
Louise - Le fossoyeur qui chante et sa pioche qui brille,
La cloche, au loin, dans l’air, lançant son svelte trille,
Le prêtre en blanc surplis, qui prie allègrement,
L’enfant de chœur avec sa voix fraîche de fille,
Et quand, au fond du trou, bien chaud, douillettement,
S’installe le cercueil, le mol éboulement
De la terre, édredon du défunt, heureux drille,
Tout cela me paraît charmant, en vérité !
Et puis, tout rondelets, sous leur frac écourté,
Les croque-morts au nez rougi par les pourboires,
Et puis les beaux discours concis, mais pleins de sens,
Et puis, cœurs élargis, fronts où flotte une gloire,
Les héritiers resplendissants !

Laure / Estelle
L'an 2015,

Le 1er juin,

Par-devant Maître Corbeau, notaire à Château Thierry,

En présence de : Lucette Carpentier et Marcel Chochard, 
témoins instrumentaires, choisis et appelés par le testateur, lesquels ont déclaré être majeurs, comprendre la langue française, jouissant de leurs droits civiques et civils, non parents ni alliés au degré prohibé par la loi, soit du testateur, soit du notaire.

A comparu :

M. Pignon Ernest Eugène Gaëtan Triphon, né le 8 mars 1956, français, domicilié à Château Thierry, réparateur d'abat-jour en nylon cartonné, inventeur non-reconnu des pointillés de découpe du papier toilette et de la languette à ouverture facile de la boîte de Vache Qui Rit, lequel, tant sain de corps et d'esprit, ainsi qu'il est apparu au notaire et aux témoins par la manifestation claire et précise de ses volontés, a dicté à Maïtre Corbeau, notaire soussigné en présence des deux témoins susnommés, son testament ainsi qu'il suit :

Charleen - Je soussigné Ernest Eugène Gaëtan Triphon Pignon souhaite qu'après mon décès les dispositions suivantes soient respectées :

Chloé - Je lègue à Mme Germaine Dulon, domiciliée 5 avenue Carnot à Château Thierry, nièce adorée, la somme de 387 000 euros, afin de prendre soin de mes 27 chats angora albinos du Pakistan inférieur.

Margaux - A Mlle Capucine Latournelle, domiciliée 20 rue du chat errant à Château Thierry, nièce adorée, mon inestimable collection de couvercles de camembert au lait cru du Calvados, pour une somme estimée par expert à 210 000 euros.

Charleen - A Mme Ernestine Pignon, domiciliée 40 rue du gai pinson à Château Thierry, cousine chérie, la sculpture en capsules de bouteille recyclées du Nicaragua... Je sais qu'elle a toujours été fascinée par cette reproduction de la Joconde inconnue de Michel-Ange estimée par expert à 1 million d'euros.

Chloé - A Cacahuète, mon chinchilla du Médoc, tous les biens, meubles et immeubles, toutes les assurances vie, qui composeront ma succession au jour de mon décès.

Margaux - A Claudette Pignon, mon épouse, l'immense privilège de s'occuper de Cacahuète pour des prunes...

Charleen - A Olivier ... Ma Volkswagen...

Léa - J'en étais sûr... Tu vois je sais même pas pourquoi je suis venu... T'as toujours été son préféré... Toujours... Hein … Arrête de me regarder comme ça hein... Ah moi je suis gentil... C'est pas ma faute hein... J'ai eu la Volkswagen … ARGHHHHH …

Charleen - Au cas où l'un de mes légataires susnommés, viendrait à décéder avant moi, sa part dans ce legs appartiendra à ses descendants par représentation.

Chloé - A défaut de descendant, sa part serait recueillie par les autres légataires institués, dans la proportion susindiquée.

Margaux - Fait et écrit entièrement de ma main le 1er juin 2015.

Maria :
Credinţa zugrăveşte icoanele-n biserici -
Şi-n sufletu-mi pusese poveştile-i feerici,
Dar de-ale vieţii valuri, de al furtunii pas
Abia conture triste şi umbre-au mai rămas.
În van mai caut lumea-mi în obositul creier,
Căci răguşit, tomnatec, vrăjeşte trist un greier;
Pe inima-mi pustie zadarnic mâna-mi ţiu,
Ea bate ca şi cariul încet într-un sicriu.

La foi revêt de saints les murs des basiliques -
Aussi m'emplit-elle l'âme de contes féériques,
Mais, vagues de la vie passant, et ses orages,
Ne restent que les ombres des anciennes images.
Dans mon cerveau ce monde en vain le chercherais-je,
Car une cigale rauque y fait des sortilèges :
En vain ma main se pose contre mon coeur désert, -
Il ronge comme ronge, dans le cercueil, un ver.
Et il me semble, lorsque je pense à ma vie,
Qu'une bouche étrangère m'en conte le récit,
Que c'est la vie d'autrui, que je n'aie pas été.
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