2017

Maureen : 
Noir puis douche sur Maureen :
Je marche dans la nuit par un chemin mauvais,
Ignorant d’où je viens, incertain où je vais,
Et je rappelle en vain ma jeunesse écoulée,
Comme l’eau du torrent dans sa source troublée1.

Olé ! :
1. Le matador (Sacha) : Yé souis PEDRO SANCHEZ Y RAMIRON.
2. Le directeur (Marcel) : Très honoré …
Sacha : On m’a dit qué bous abiez oune couissine esseptionnelle !
Marcel : En effet, il semble que notre clientèle ne se plaigne pas trop souvent du chef …
Sacha : Né tourne pas autour du pot, il est esseptionnel ou il est pas esseptionnel lé chef ?
Marcel : Il est … enfin … il est … oui, il est excellent …
Sacha : Alors, yé veux qu’il mé prépare ça ! … Paco !
3. Paco et la quadrilla (jettant quelque chose) (Kenza et la quadrilla) : Olé !
Marcel : Qu’est-ce que … Qu’est-ce que c’est ?
Sacha : La queue et les deux oreilles !
Marcel : ?!!
Sacha : Oui. Yé bouffe ça dos fois par semaine depouis quinss ans… porqué après chaque corrida on me les donne porqué yé souis très doué…
Kenza et la quadrilla : Olé !
Marcel : Vous voulez dire que vous mangez la queue et …
Sacha : Si ! C’est très bon pour la virilité. Moi yé né les yette yamais au poublic… Yé beux garder la force dou toro en moi.
Marcel : Bien sûr…
Sacha : Pourquoi tou dis « bien sûr » ?
Marcel : Parce que … heu … Oui, c’est vrai. Pourquoi je dis « bien sûr » ?
Sacha : Tou dis « bien sûr » parce que tou né sais pas commo c’est dégueulasse, infecto, oune martyre pour la bouche, surtout avec la couissine espagnole… Yé n’en peux plou, tou comprends ?
Marcel : Ne vous inquiétez pas, monsieur Sanchez y Ramiron. Notre chef va vous arranger ça. Je suis certain qu’il va en faire un plat délicieux …
Sacha : Muy bien ! 
Marcel : Lucien, voulez-vous bien accompagner ces messieurs à la salle à manger … Dix petites minutes et je vous apporte tout ça … Vous aller vous régaler …
Sacha : Hé ! Yé té préviens. Si cé n’est pas oune délice esseptionnel, yé té coupe à toi la queue et les dos oreilles !


Poème :
Kenza : (pendant ce temps derrière Kenza, installation d’histoire de chœur)
Marquise, si mon visage 
A quelques traits un peu vieux, 
Souvenez-vous qu'à mon âge 
Vous ne vaudrez guère mieux.

Le temps aux plus belles choses 
Se plaît à faire un affront 
Et saura faner vos roses 
Comme il a ridé mon front.

Le même cours des planètes 
Règle nos jours et nos nuits 
On m'a vu ce que vous êtes; 
Vous serez ce que je suis.

Peut-être que je serai vieille, 
Répond Marquise, en attendant 
J'ai vingt-six ans, mon vieux Corneille, 
Et je t'emmerde en attendant2.

Histoire de chœur
 
La chorale (toutes les filles) : Ciel, mon maestro !
Le chef de chœur (Sacha) : J’en étais sûr ! Je suis cocu.
Les filles : Mais non …
Sacha : Mais si.
Les filles : Mais non.
Sacha : Le traître. Je le vois qui remue sous les draps. 
Les filles : Mais non. C’est juste un ami. Un très bon camarade.
Daniel (Matéo) (sors de sous le drap) : Pourquoi mentir, Liliane, je t’aime. (Au chef de chœur) Oui, monsieur, j’aime votre chœur, de tout mon cœur …
Sacha : Qu’entends-je … En plus, il chante faux …
Les filles : ça, je te le jure, Armand, je ne le savais pas. Il chante faux mais au moins il est franc.
Sacha : Tout est fini …
Les filles : Mais non !
Sacha : Mais si … J’ai déjà avalé le poison !
Les filles : Mon Dieu, vite, courons à l’hôpital. Courons le sauver. Courons, courons, à l’hôpital.
Sacha : Aaaaaaaaah s’il vous plaît …
Les filles : Qu’y a-t-il ?
Sacha : En rythme, s’il vous plaît, en rythme …
Les filles : Courons à l’hôpital, le sauver du trépas.
Matéo : Liliane, je t’aime. Ne m’abandonne pas…
Une vieille femme de chambre (Elise) : Ne pleurez pas, Monsieur, dix de perdues, cent de retrouvées !

Wanda : HISTOIRE RUSSE. CONVERSATION AU BAL À PARIS

UN FRANÇAIS (Ayana).


Qui donc vous a donné ces bagues enchantées
Que vous ne touchez pas sans un air de douleur ?
Vos mains, par ces rubis, semblent ensanglantées.



WANDA, grande dame russe (Elise).
Celle qui m’a donné ces ornements de fête,
Ce cachet dont un Czar fut le seul possesseur,
Ces diamants en feu qui tremblent sur ma tête,
Ces reliques sans prix d’un saint intercesseur,
Ces rubis, ces saphirs qui chargent ma ceinture,
Ce bracelet qu’émaille une antique peinture,
Ces talismans sacrés, c’est l’esclave ma sœur.



Car elle était princesse, et maintenant qu’est-elle ?
Nul ne l’oserait dire et n’ose le savoir.
On a rayé le nom dont le monde l’appelle.
Elle n’est qu’une femme et mange le pain noir,
Le pain qu’à son mari donne la Sibérie ;
Et parmi les mineurs s’assied pâle et flétrie,
Et boit chaque matin les larmes du devoir.

LE FRANÇAIS (Ayana).
Wanda, […] Tandis que vous parliez je sentais dans mes veines
Les imprécations bouillonner sourdement.
[…] ces femmes sans peur, ces reines détrônées,
Dédaignent de se plaindre et s’en vont au désert
Sans détourner les yeux, sans même être étonnées
En passant sous la porte où tout espoir se perd.
À voir leur front si calme, on croirait qu’elles savent
Que leurs ans, jour par jour, par avance se gravent
Sur un livre éternel devant le Czar ouvert3.

Les choses à ne pas dire dans un palace.

Kenza : Princesses, duchesse
Femmes du monde
Nous sommes les gardiennes du bon goût
Bonnes manières
Et politesse
Ça nous en connaissons un bout
Et nous venons vous dire
Si vous allez dans un palace
Ce qu’il ne faut surtout pas dire
Quand on veut avoir la classe.

Amandine : Mon voisin sent le caca…

Sacha : Le caniche de la dame ressemble à son mari.

Julia : Henri ton plombage est parti.

Ayana : J’aime quand Roger fait la pieuvre.

Matéo : J’ai un joint de culasse qui déconne.

Marcel : Marcel Proust, il devait pas sentir bon.

Kenza : Votre daurade, c’est du poisson ?

Margaux : J’ai un eczéma de là à là.

Nina : Mon père couchait avec le mari de la bonne.

Margaux : Le Louvre, Venise et Mozart me font chier.

Emeline : A quelle heure on graille ?

Maureen : Votre fils ressemble au maître d’hôtel.

Elise Marie : Lionel, t’as mangé du saucisson à l’ail ou quoi ?

Elise : Paul, mouche-toi, on ne voit plus ta bouche.

Manon : La vulgarité me donne la diarrhée.

Maureen : J’adore manger des nouilles avec les pieds.

Charleen : L’Immaculée Conception, moi ça me fait ni chaud ni froid.

Kenza : Je suis remboursée par la Sécu.

Ayana : Le président-directeur général a la colique.

Emeline : Ca fait rien, je prendrai le métro.

Nina : Lucien, le canari a pissé sur l’oreiller !

Brise marine - Emeline. 
Les autres, les uns derrière les autres, se penchent lentement d’un côté puis de l’autre en décalé, façon ondulation de la mer (3’35 video scéno). 
La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature !

Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots …
Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots !4

Pépé le Moko
Ines (Emeline). Qu'est-ce que tu regardes comme ça Pépé ?
 Pépé (Matéo). Oh, rien, la mer, les bateaux...
Emeline : Ca te donne pas mal de mer de regarder les bateaux après le déjeuner ?
Matéo : Et toi, ça te fait pas mal à la tête de me poser des questions pareilles ? 
Emeline : Ah, cries pas comme ça.
Matéo : (exaspéré) Eh, je crie pas, je pense !
 Emeline : Ah, t'as tort de penser à des trucs. T'as pas l'habitude. C'est ça qui te fait mal à la tête.
Matéo : Ah, là, là, quand donc je quitterai ce bled ?
Emeline : Encore ?
Matéo : Ouais, encore, je suis comme l'Angleterre, mon avenir est sur mer. Elle se rapproche. 
Emeline : Tu t'ennuies avec moi ? 
Matéo : Mais non, je m'ennuie avec Alger...


Je m’en fous …
Sacha / Kenza : 
Je m’en fous, je m’en fous de tout ce qui se passe, du monde et tout, je m’en fous, de la chute du mur et des Russes, je m’en fous, des petits cambodgiens, je m’en fous, de la Yougoslavie, l’Azerbaïdjan, de l’Arménie, des problèmes du chômage, je m’en fous, du problème kurde et du 32e parallèle, je m’en fous, des Chinois, Tien Anmen et de l’annexion, des Allemands de l’Est et de l’Ouest, des homeless, des SDF, 30 millions aux Etats-Unis, je me fous du problème Nord-Sud, Est-Ouest, du lait, du beurre, de la famine en Ethiopie, Somalie, problèmes d’armée, des bombes, des camps, des fractions, du poulet à Cuba, des pêcheurs au Canada, du mouton anglais, du partage des eaux, je m’en fous, de la coke en Colombie, des boat people au Vietnam, des Khmers rouges, des Russes blancs, je m’en fous, je me fous des anciens du Vietnam, de l’Algérie, de la Corée, du suicide en Suède, des manchots pris dans les glaces, des baleines échouées, des singes mutilés, des chiens enragés, je m’en fous des coups d’état en Afrique, de la ligue des Droits de l’Homme, des Casques Bleus, de la Finul, du Liban, des immigrés, je m’en fous, des revendications, des chutes d’avions, de la baisse de la Bourse, de l’effondrement monétaire, je m’en fous, de la colère des paysans, du Nil qui déborde, des monuments qui s’écroulent, des Indiens, du problème lapon, des favelas, des persécutions, des réfugiés politiques, du problème turc, je m’en fous, de la réhabilitation, du grand pardon, je m’en fous, du problème arabo-perse et sino-japonais, du Liban, de tous les cartels, de l’inflation, des ramasseurs de mégots en Egypte, des rejets d’ordures, de la croûte du ciel, couche d’ozone, de la disparition des éléphants, des emprisonnements, des sentences, des exécutions sommaires, des règlements de compte, de l’Amérique Centrale, de la disparition des espaces verts, de la forêt amazonienne, et de certaines bonnes soeurs, je m’en fous, de la pollution des plages, des ghettos, de l’apartheid, des expériences nucléaires, du Pacifique, plus de poissons en Méditerranée, des états fédéraux, des grands malades aux petits bobos, de la montée du fascisme, du renouveau communiste, de la chute de l’occident, de l’hégémonie occidentale, de l’ancien empire ottoman, je m’en fous, je me fous du problème des taureaux, de la corrida, du crack, du crash, du souvenir des anciens, des espoir nouveaux, du New Age, des religions, des ethnies, des francs-maçons, des scientistes et autres, je m’en fous, des bombes qui sifflent, des tremblements de terre, des feux en Corse, des avalanches, des ouragans, des typhons, des exactions, des Palestiniens, de l’état hébreu, du Rwanda, du Zimbabwé, du Surinam, de Venise qui s’affaisse, des commandos, des meurtriers, serial killers, des tueries de supermarché, de la prostitution enfantine, de la traite des blanches, je m’en fous, de la dope, des seringues, du sida, des combats truqués, des kangourous massacrés, de l’infection, de la fièvre jaune, de la mouche tsé-tsé, des rejets, des vomissures, des extractions de balles, des éclats d’obus, de l’amputation en direct, des problèmes de couple, de l’orgasme, du divorce, de la chaise électrique, du revolver sur la tempe, des cinquante kilomètres à pied pour aller chercher de l’eau, de la télévision, je m’en fous5.

Homonymie
1. L’Homme aux clefs d’or (Maureen) : Bonjour, monsieur Troudebal.
2. L’Homme (Margaux) : Pardon ?
Maureen : Bien dormi, monsieur Troudebal?
Margaux : Vous faites erreur. Je ne m’appelle pas Troudebal.
Maureen : Oh, je vous prie de m’excuser !
L’Hôtesse (Julia) : Monsieur Anus ! … On demande monsieur Anus au téléphone …
Margaux : Oui, voilà !
Maureen : Ah ! je les confonds toujours ces deux-là … Je ne sais pas pourquoi !





Le cours est au plus bas.
Le drap bonhomme (masque à fabriquer)
1. Le concierge (Elise Marie) : Madame ?
2. Le client (Julia) : Le change c’est ici ?
Elise Marie : Parfaitement madame.
Julia : Je voudrais changer de tête.
Elise Marie : Je vous comprends.
Julia : Combien m’en donnez-vous ? …
Elise Marie : ça dépend du cours…
Julia : Il est haut ?
Elise Marie : Hélas non madame, la tête d’abruti est au plus bas aujourd’hui …
Julia : Bon… Bah je reviendrai demain …
Elise Marie : Bien madame (un autre client arrive Sacha). Je suis désolée monsieur nous ne changeons pas les têtes d’enflures…

Hôtel du Nord
Ayana : Pourquoi qu'on part pas pour Toulon ? Tu t'incrustes ! Tu t'incrustes ! Ça finira par faire du vilain!
Sacha : Et après ?
Ayana : Oh, t'as pas toujours été aussi fatalitaire !
Sacha : Fataliste !
Ayana : Si tu veux, le résultat est le même… Pourquoi que tu l'as à la caille ? On n'est pas heureux tous les deux ?
Sacha : Non !
Ayana : T'en es sûr ?
Sacha : Oui !
Ayana : T'aimes pas notre vie ?
Sacha : Tu l'aimes, toi, notre vie ?
Ayana : Faut bien, je m'y suis habituée… Cocard mis à part, t'es plutôt beau mec… Par terre, on se dispute mais au lit, on s'explique… Et sur l'oreiller, on se comprend… Alors ?..
Sacha : Alors rien… J'en ai assez, tu saisis ? Je m'asphyxie ! Tu saisis ? Je m'asphyxie !..
Ayana : À Toulon, y a de l'air puisqu'il y a la mer ! Tu respireras mieux…
Sacha : Partout où on ira, ça sentira le pourri !
Ayana : Allons à l'étranger ! Aux colonies !
Sacha : Avec toi ?
Ayana : C’t’ idée !..
Sacha : Alors, ça sera partout pareil… J'ai besoin de changer d'atmosphère, et mon atmosphère, c'est toi !
Ayana : C'est la première fois qu'on me traite d'atmosphère ! Si je suis une atmosphère, t'es un drôle de bled ! Oh la la ! Des types qui sont du milieu sans en être et qui crânent à cause de ce qu'ils ont été, on devrait les vider… Atmosphère !? Atmosphère !? Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère !? Puisque c'est ça, vas-y tout seul à la Varenne ! Bonne pêche et bonne atmosphère !..

Coucougnettes toréador

Nina : Le groom standardiste (répond à un appel) « Groom Service » j’écoute. Oui, parfaitement … Je peux vous proposer ce soir : 
« Le pied de porc en espadrille ». 
Ça donne au cochon une saveur basque très appréciée …
« L’omelette aux petits lardons ».
Très spécial. Ce sont des œufs auxquels on a enlevé leur coquille mais battus dans un saladier comme si on voulait faire une omelette. Voyez en sorte une omelette aux petits lardons. 
Sinon, j’ai …
« Le délice du toréador ».
Comment ? … Ce sont ses coucougnettes … Non, pas celles du taureau … Celles du toréador … Juste les deux belles coucougnettes de ce macho qui s’habille en collant rose pour tuer des vaches ; que nous servons en brochettes sur des banderilles … Ah oui, elles sont très fraîches, c’est le même taureau qui nous les apporte trois fois par semaine.

La conscience 
1. Henri (Kenza) : Bonsoir, monsieur. Au comptoir bar de valises. 
2. Vermont (Elise) : Bonsoir, Henri.
Kenza : Je vous vois rarement si tard.
Elise : Je n’arrive pas à dormir.
Kenza : Je vous sers une tisane ?
Elise : Non ! Un double bourbon, c’est meilleur pour … comment dire … pour les … obsessions…
Kenza : Des ennuis, monsieur ?
Elise : Non, rien de grave … Ca va passer. C’est idiot, je sais, mais …
Kenza : Mais … ?
Elise : Vous allez rire… Mais par moments, je ne sais pas pourquoi je pense à tous ces gens qui meurent de faim, de froid, de la peste, de la lèpre … les boat-people, la torture, les gens qu’on pend, qu’on fusille, le goulag, la sécheresse, les raz-de-marée … et moi qui suis là, dans un palace … dans des draps de satin … c’est ridicule, je sais, mais ça me… ça m’appuie là… ça m’étouffe…
Kenza : Mauvaise conscience, c’est ça ?
Elise : Oui. Je n’en peux plus. Je ne supporte plus ces images de gosses affamés… et moi qui bouffe… qui bouffe… trois, quatre, cinq fois par jour …
L’Homme corpulent (Margaux – Ayana – Elise Marie) : Emballées dans le drap, dos à dos. 
Margaux : Moi, six fois par jour, sans compter ça (un verre). Mais ça, tout le monde s’en fout … La télé elle vient pas filmer mon foie… ni mon cœur … Y en a que pour les Hindous et le Sahel … Pourtant votre cœur qui ressemble à une masse de saindoux jaunâtre, y pourrait passer de temps en temps au journal télé, il est dans un plus mauvais état que le Bangladesh votre cœur, sans compter nos intestins pollués par les crustacés, le Bordeaux et les truffes. 
Elise MARIE : Et je ne parle pas du foie gras, c’est pire que le napalm… ça fait exploser nos artères, comme à Beyrouth ! On n’en parle pas de ça à Médecins sans frontières ! Pourtant y pourraient venir les voir nos veines, y a pas de frontières sur mes guiboles… Et mes poumons ! à qui ils donnent le bourdon mes poumons ? Pourtant, deux éponges en goudron, ça devrait émouvoir !! (il tousse et crache) 
Ayana : Alors excusez-moi, vos petits niards maigrelets qui meurent propres comme des haricots secs … Laissez-moi rigoler ! Seulement nous, les gros, les riches, tout le monde s’en fout… De notre merde… Y a pas de reportage ni de quête. On n’a que les palaces … C’est pas énorme vu notre état …. Se désemballent aidées par Elise. Drap par terre.
Kenza : C’est pas faux…

Départ – MARGAUX 
Assez vu. La vision s’est rencontrée à tous les airs.
Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.
Assez connu. Les arrêts de la vie. – Ô Rumeurs et Visions !
Départ dans l’affection et le bruit neufs !6

Rat crevé
1. Le client (Charleen) : Appelez-moi le directeur ! Touille le thé, air dégoûtée. 
2. Le directeur (Amandine) : Vous m’avez fait appeler ? Comptoir
Charleen : Un rat crevé dans mon thé …
Amandine : Mais certainement, madame …
Charleen : Non ! … Il y est déjà !!! Regardez vous-même … Vous vous rendez compte ? Dans un palace ? Un rat crevé dans mon thé ?
Amandine : Madame doit réaliser qu’il n’y a pas lieu de s’étonner que l’animal soit crevé puisqu’il est ébouillanté…
Charleen : N’empêche qu’il y a un rat crevé dans mon thé !
Amandine : Madame a-t-elle la certitude qu’il s’agisse d’un rat ? J’ai eu, quant à moi, l’impression d’un gros mulot.
Charleen : Bon, mettons … un gros mulot … Je ne vois pas ce que ça change.
Amandine : Un autre jour, ça ne changerait rien … Mais aujourd’hui …
Charleen : Quoi, « aujourd’hui » ? Qu’est-ce que vous allez me chanter encore ?
Amandine : Justement. C’est la Saint Bruno…
Charleen : Et alors ?
Amandine : Madame ne va pas me dire qu’il n’a jamais chanté, quand il était petit : « A la saint Bruno, mon coco, y a un gros mulot mon coco, qui joue dans le thé mon curé, qui joue dans mon thé mon curé… » Allez … avec moi … Tous reviennent, air de la pêche aux moules.
Autre chose, madame ?
Charleen : Non, non … ça ira …
Amandine : ça ira… crevé … Retour comptoir.
Charleen : Je l’aurai, un jour, je l’aurai !

Elise : 
In memoriam patris mei
Fin
Voilà qu’a eu lieu
la fin du monde
et qu’est tombé
le terrible jugement.
Voilà qu’est arrivée la catastrophe
des étoiles.
Le ciel de la nuit
est un désert,
un désert de lampes sans maître.
Des multitudes d’argent
s’en sont allées
vers le dense levain
du mystère.
Et dans la barque de la Mort
nous allons, nous les hommes, sentant
que nous jouons à la vie,
que nous sommes des spectres !
De quelque côté qu’on regarde
tout est mort.
Le ciel de la nuit
est une ruine, 
un écho.

SOS argot

DING DONG
Matéo : Entrez !
Marcel : Bonjour ! C’est vous qui avez demandé le service SOS argot ?
Matéo : Oui. Quel est le féminin de bouffon ?
Marcel : Bouffonne, monsieur.
Regard de bas en haut.
Matéo : Connasse ! Tu n’es qu’une pauvre bouffonne !
Elise Marie : Taré ! Fils d’abruti ! Tête de bœuf ! 
Marcel : … De nœud, madame … Tête de nœud

Ginger (Feux de l’Amour)


1. Pierre-André (Marcel)  : Ginger, j’ai très envie de vous embrasser.
2. Ginger (Amandine) : Moi aussi, Pierre-André.
Marcel : Mais avant que j’écrase vos lèvres, puis je vous demander si vous avez des aphtes ou des écorchures aux gencives ?
Amandine : Mes gencives sont saines Pierre-André. 
Marcel : Parfait Ginger. Etes-vous récemment allée chez un acupuncteur ?
Amandine : Non, Pierre-André.
Marcel : Avez-vous récemment voyagé dans un pays à haut risque ? Kenya, Haïti, Tonneins ?
Amandine : Non Pierre-André.
Marcel : N’avez-vous pas été mordue récemment par un policier ? un dentiste ? un critique littéraire ou un grand couturier ?
Amandine : Non Pierre-André.
Marcel : Vous asseyez-vous parfois sur le siège des toilettes publiques ? Buvez-vous dans le verre des autres ? Votre mère se droguait-elle ?
Amandine : Non Pierre-André.
Marcel : Ginger, je pense que si dès demain vous faites un examen de votre sang et que le test est positif, nous pourrons envisager de nous embrasser plus ou moins sauvagement.
Amandine : C’est mon plus cher désir Pierre-André.
Marcel : Bien sûr, en passant un deuxième examen d’ici un an pour plus de sécurité.
Amandine : Pierre-André, qu’est-ce qu’un an lorsqu’on s’aime…

Ballade de l’Abencerage
Margaux Le roi don Juan
Un jour chevauchant
Vit sur la montagne
Grenade d’Espagne ;
Il lui dit soudain :
Cité mignonne,
Mon coeur te donne
Avec ma main.

Elise Marie Je t’épouserai,
Puis apporterai
En dons à ta ville
Cordoue et Séville.
Superbes atours
Et perles fines
Je te destine
Pour nos amours.

Emeline Grenade répond :
Grand roi de Léon,
Au Maure liée,
Je suis mariée.
Garde tes présents :
J’ai pour parure
Riche ceinture
Et beaux enfants.

Amandine Ainsi tu disais ;
Ainsi tu mentais.
O mortelle injure !
Grenade est parjure !
Un chrétien maudit
D’Abencerage
Tient l’héritage :
C’était écrit !

Elise Jamais le chameau
N’apporte au tombeau,
Près de la piscine,
L’haggi de Médine.
Un chrétien maudit
D’Abencerage
Tient l’héritage :
C’était écrit !


Charleen O bel Alhambra !
O palais d’Allah !
Cité des fontaines !
Fleuve aux vertes plaines !
Un chrétien maudit
D’Abencerage
Tient l’héritage :
C’était écrit !

A une femme 
Ayana, devant, Matéo avec le drap.
Matéo Enfant ! si j’étais roi, je donnerais l’empire,
Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux
Et ma couronne d’or, et mes bains de porphyre,
Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,
Pour un regard de vous !

Marcel 
Si j’étais Dieu, la terre et l’air avec les ondes,
Les anges, les démons courbés devant ma loi,
Et le profond chaos aux entrailles fécondes,
L’éternité, l’espace, et les cieux, et les mondes,
Pour un baiser de toi !

Bureau de change (Manon remplacée par Elise, amandine et Emeline)

1. L’Homme (Manon, voûtée, déprimée) : Pardon, c’est ici le change ? Inexistante. Enroulée dans le drap comme si elle était malade.

2. L’Homme aux clefs d’or (Kenza) : Parfaitement, monsieur. Que puis-je pour vous ?

Manon : Je voudrais changer d’opinion.

Kenza : Bien sûr, monsieur. Vous voulez changer d’opinion sur le monde en général, sur les femmes, sur le nucléaire ?

Manon : Non, sur mon beau-frère !

Kenza : Sans problème, monsieur.

Manon : Voilà ! Je le trouve formidable.

Kenza : Ah ! Fichier sort la fiche.

Manon : Mais vraiment formidable. Il est grand, blond, drôle. Il parle le kurde, le coréen, l’afghan. C’est un as du canoë-kayak. Bref, il m’épate et ça finit par … m’étouffer un peu … public.

Kenza : Vous me parlez bien de votre beau-frère Henri. Celui qui se teint ?

Manon : Ah bon ? Henri se teint ?

Kenza : Oui… Remarquez, c’est normal. C’est ce que font la plupart des gens à leur sortie de prison. Ils veulent avoir une nouvelle tête …

Manon : Ah ! Parce qu’il a fait de la prison … ?!

Kenza : Douze ans ! Détournement de fonds, trafic de drogue, coups et blessures sur un vieillard et flagrant délit d’exhibitionnisme devant la maternelle du lycée Condorcet …
Manon : Non ! Ce n’est pas possible !!!?

Kenza : Votre femme ne vous en a jamais parlé ?

Manon : Mais non ! Geneviève est au courant ?

Kenza : Je suppose. Ca fait six ans qu’ils couchent ensemble…

Manon : Oh ! Le salaud ! …

Kenza : Je dirais plutôt « l’ordure »…

Manon : Oui, mais enfin ça ne l’empêche pas de subjuguer tout le monde au canoë-kayak…

Kenza : C’est pas lui qui rame.

Manon : Quoi ?!!!

Kenza : C’est un nain caché au fond du bateau qui pédale… un nain dopé !!

Manon : Oh, le porc ! Le porc !

Kenza : … Hé oui !

Manon : Je vous remercie de m’avoir ouvert les yeux sur mon beau-frère.

Kenza : C’est mon métier…

Manon : Vous êtes formidable.

Kenza : Mais non, monsieur, mais non !

Manon : Si, si, vous m’avez épaté. Vraiment, je vous trouve formidable… Vous êtes grand, élancé, intelligent … et je suis sûr que vous faites très bien de la planche à voile. Quand je vois des hommes comme vous, je me sens peu de chose… ça m’étouffe. De plus en plus voûtée, déprimée. Dos courbé, petite.



Amandine 
Avoir une idée d’ombre
et d’absolu pardon
comme l’Adolescent
qui voit la fin du monde
Errer dans l’océan du vide,
âme vagabonde
Devenir Ange noir
au dernier échelon

Avoir une idée d’ombre
et d’étreinte éternelle
au son du grand clocher,
au son d’un violon
Partir le soir venu,
et sans raisons
Quand l’égoût s’éclaircit,
au fond de la ruelle

Avoir une idée d’ombre,
s’évaporer au loin
comme une goutte acide
et devenir quelqu’un
d’autre

Champignon
1. Client (Charleen) : Entrez ?
2. Le directeur (Emeline) : Vous ne m’avez pas fait appeler ?
Charleen : Absolument pas.
Emeline : J’en étais sûr, c’est incroyable !
Charleen : Qu’est-ce qui vous prend ? Je vous manque ou quoi ? Je ne vais quand même pas vous faire appeler pour rien !!
Emeline : Et ça, c’est rien ?
Charleen : Oh ! Qu’est-ce que c’est ?
Emeline : C’est un champignon qui a poussé sur le petit déjeuner que le client précédent a renversé et que la femme de ménage a oublié de nettoyer.
Charleen : C’est dégueulasse !
Emeline : Alors, vous vous offrez la suite royale dans le palace le plus cher des pays civilisés. Il y a une chiure innommable sur le bout de votre pieu et vous ne la remarquez même pas ! C’est un peu fort non ?
Charleen : Je suis désolé !
Emeline : C’est bien la peine de se casser les miches à vouloir être raffiné, délicat, luxueux … On vous laisserait une merde de chameau sur la commode vous ne vous en apercevriez même pas …
Charleen : Ah si … de chameau, si …
Emeline : La moindre des choses ! Vous devriez appeler immédiatement le directeur et faire un scandale !
Charleen : Je suis désolé, là ! Je peux vous gifler ?
Emeline : Non, c’est trop tard !
Charleen : Autre chose ?
Emeline : Oui, il y a l’amant de votre femme qui est dans le placard. Enfin, ce n’est pas mes oignons…
Charleen : Je l’aurai un jour ! Je l’aurai !


La porte - Nina
La porte de l’hôtel sourit terriblement
Qu’est-ce que cela peut me faire ô ma maman
D’être cet employé pour qui seul rien n’existe
Pi-mus couples allant dans la profonde eau triste
Anges frais débarqués à Marseille hier matin
J’entends mourir et remourir un chant lointain

 

 

 

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