2009

Le bébé

FLORIAN – Ah ! Non ! Je te vois venir !

BARBARA – Mais, mon chéri, un petit bébé, c’est si mignon…

Entée d’un « bébé » par le fond, qui vient s’installer à côté d’eux mais ils ne le remarquent pas. Entrées de plusieurs bébés sur toute la scène.

FLORIAN – On en a déjà parlé. D’abord, je suis beaucoup trop jeune…

BARBARA – Oui, mais moi, je ne suis plus si jeune que ça. Il ne faudrait pas trop traîner.

FLORIAN – Et puis, tu ne te rends pas compte. Regarde, deux petits pots : 20 francs !

BARBARA – 3 euros…

FLORIAN – Un paquet de couches : 15 euros ! 100 francs ! 10 000 anciens francs ! Tu payes à l’entrée du bébé, tu repayes à la sortie !

BARBARA – Il ne va pas mettre des couches toute sa vie…

FLORIAN – C’est pire ! Il va grandir… il faudra payer les vêtements…

BARBARA – Il mettra ceux de son cousin !

FLORIAN – Les jouets…

BARBARA – Un gosse, ça joue avec un bout de carton et deux ficelles !

FLORIAN – Les études…

BARBARA – Ah ! Ça ! S’il est aussi doué que toi, ça risque d’être long…

FLORIAN – Merci ! Je ne suis peut-être pas très doué, mais je sais compter : la nourriture, les vêtements… La nourriture, parce qu’un ado, ça bouffe tout le temps, les jouets, les sorties, les maladies… ça en fait des francs !

BARBARA – Des euros…

FLORIAN – Au moins 5000 !

BARBARA – 5000 francs ?

FLORIAN – 5000 euros !

BARBARA – 5000 euros ???

FLORIAN – Euh… oui… 5000 euros… anciens !

BARBARA – Ne t’inquiète pas, mon chéri. On demandera à ta mère de nous aider. Et puis, il n’y a que le premier qui coûte… Pour les autres, c’est moins cher, on a déjà tout le matériel.

FLORIAN – (effaré) Les autres ??… Les autres ??… C’est pas vrai ! J’ai épousé une pondeuse ! Alors, écoute-moi bien, ma chérie, c’est non ! Tu m’entends ? C’est non, non, non et non !!!

 

 

La facture

ROBIN – (il hurle) Conseil de famille !!! Conseil de famille !!! (entrée Alice & Lucille) Vous savez ce que c’est que ça ??? (Il brandit une lettre) Hein ??? Vous savez ce que c’est ???

ALICE – C’est encore une lettre du bahut parce que j’ai séché les cours ?…

ROBIN – Ah ??? Parce que tu sèches les cours ???

ALICE – C’est trop naze, le bahut… Surtout le français… Le prof, il fait lire des trucs, je comprends même pas le titre…

ROBIN – Mais tu veux faire quoi, l’an prochain ??? RMisse ???

ALICE – Ben… c’est mieux que chômeur…

ANNE-CLAIRE – Calme-toi, mon chéri.

ROBIN – (à ANNE-CLAIRE) Et toi, tu sais ce que c’est ?

CECILE – C’est le père Noël qui dit que je peux encore commander des trucs ?

ROBIN – Le père Noël ? Commander ENCORE des trucs ?

CECILE – Ben oui, j’ai juste commandé…

ROBIN – Le père Noël, il est fauché comme les blés, raide comme un passe-lacet. Il a plus rien, le père Noël, plus rien, plus un radis, le père Noël, rien, nada, walou…

CECILE – (en pleurs) Maman, le père Noël, il a walou…

ANNE-CLAIRE – Fiche-lui la paix ! (à CECILE) Ne t’inquiète pas, ma chérie, il a pas walou, il t’amènera plein de cadeaux, le père Noël. Non, la lettre, c’est sûrement La Redoute qui dit que mon cadeau est arrivé : tout un ensemble de bagages en cuir…

ROBIN – Un ensemble de bagages en cuir ??? Mais c’est pas vrai ??? Qu’est-ce que tu as ENCORE acheté pour qu’ils te donnent des bagages en cuir en cadeau ???

ANNE-CLAIRE – (glaciale) Le strict nécessaire.

ROBIN – (prudent) Oui, bon, on verra plus tard. Non, c’est pas ça. (Il se remet à hurler) C’est la facture de téléphone !!!

LUCILLE – Ah ? C’est pour moi….

ROBIN – 657 euros !!!

LUCILLE – Anciens ?

ROBIN – Anciens ? Mais non !!! 657 euros nouveaux !!! 12 pages de facture détaillée !!! Tu peux m’expliquer ?

LUCILLE – J’ai une vie sociale.

ROBIN – Une vie sociale ? À quatorze ans ? Une vie sociale ? Mais qu’est-ce que tu peux avoir de si important à dire ?

LUCILLE – (essaie d’être glaciale) Le strict nécessaire.

ROBIN – Et c’est quoi, le strict nécessaire pour mener une vie sociale à quatorze ans ?

LUCILLE – Laisse, tu peux pas comprendre… t’es pas jeune.

ROBIN – Pas jeune ??? Je ne suis pas jeune ???

LUCILLE – Ben… quand t’es né… Ils avaient même pas inventé le minitel !

ALICE – Trop naze ! 3615 code « conseil de famille » !

ROBIN – Parfait ! Et bien puisque c’est ça, à partir de maintenant, retour à la période préminitelitique : on s’éclaire à la bougie, on roule en vélo, le soir, on joue au Scrabble…

TOUS – Non ! Pas le Scrabble…

ROBIN – On joue au Scrabble… et surtout… Dès demain, je résilie l’abonnement du téléphone !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le chanteur d’opéra

BARBARA – Bonjour, amis demandeurs d’emploi, et bienvenue dans ce nouveau numéro de «je rigole avec la crise ! ». Aujourd’hui, avec nous sur le plateau, un jeune qui rigole de la crise : Richard Glorit. Comment t’appelles-tu ?

RICHARD – Richard Glorit.

BARBARA – Richard Glorit, très bien. Et tu as quel âge ?

RICHARD – 31 ans.

BARBARA – 31 ans ? Tu fais moins. Et tu cherches un… ?

RICHARD – euh… Un emploi de chanteur d’opéra.

BARBARA – Chanteur d’opéra ! C’est une belle profession. Tu es intéressé par l’opéra ?

RICHARD – Euh… non, pas vraiment, non.

BARBARA – Par le chant, alors ? Tu sais chanter ?

RICHARD – Euh… non plus, non.

BARBARA – Non. Et tu connais … euh… des airs… ? (Il le regarde) non… ?

RICHARD – Euh… Non.

BARBARA – Tu connais ?… (Il chantonne) « L’amour est enfant de Bohème… »

RICHARD – Euh… non, ça me dit rien.

BARBARA – Non, rien du tout ? Bon. (Il passe à un autre sujet) Alors, quelle est ta motivation première ?

RICHARD – Ben, euh… surtout gagner pas mal de pognon…

BARBARA – Oui, gagner pas mal de pognon… On pourrait dire, euh… s’en mettre plein les fouilles ?

RICHARD – Surtout s’en mettre plein les fouilles, oui, c’est ça !

BARBARA – Et sans trop bosser, hein… ?

RICHARD – Oui, voilà.

BARBARA – Et tu voudrais en gagner combien, du pognon ?

RICHARD – Ben, au moins 5000…

BARBARA – 5000 euros ? Ah, oui, quand même…

RICHARD – Non, mais 5000 euros anciens…

BARBARA – D’accord… Et tu accepterais de travailler peut-être assez loin ?… parce que des fois, il y a des opéras qui sont quand même assez loin… à Miami, Milan…

RICHARD – Ah, non…

BARBARA – Ouagadougou…

RICHARD – Non, Non plus…

BARBARA – Knock le Zoute…

RICHARD – Ben… non… Ce que je préfèrerais, c’est rester aux alentours du Lot-et Garonne.

BARBARA – Plutôt la région d’Agen ?

RICHARD – De Marmande…

BARBARA – Marmande, Virazeil, Ste Bazeille…

RICHARD – Voilà, c’est ça.

BARBARA – St Pardoux ?

RICHARD – Oui, aussi…

BARBARA – D’accord. Enfin bref, que ça soit pas trop loin !

RICHARD – Voilà.

BARBARA – Parce que des fois, c’est le soir, l’opéra…

RICHARD – Oui, mais euh…

BARBARA – J’ai pensé à ça, je me suis dit : il faut que j’en parle à monsieur Glorit et que je lui dise « L’opéra, c’est souvent le soir… »

RICHARD – Oui, mais moi, j’ai le gamin à aller chercher, le soir…

BARBARA – C’est ça, j’ai pensé à votre gamin… Donc, plutôt l’après-midi ?

RICHARD – Oui, voilà, je préfèrerais l’après-midi.

BARBARA – 14 heures 17 heures ?

RICHARD – Oui oui, ce serait très bien, ça…

BARBARA – Comme ça, ça permet de ramener le gamin, et puis d’être à la maison à 18 heures, 18 heures trente, pour « Questions pour un champion »…

RICHARD – Oui.

BARBARA – D’accord ! Donc, s’il y a un directeur d’opéra qui est intéressé par mon Richard Glorit, un directeur d’opéra du Lot-et-Garonne, dans la région de Marmande, pour travailler l’après-midi, bon, ben il tapote « www. Je rigole avec la crise »

RICHARD – Oui.

(Temps)

BARBARA – « L’amour est enfant… » (Il chantonne, l’autre ne connait toujours pas…)

RICHARD – Non…

BARBARA – « L’amour… »

RICHARD – Non, vraiment…

 

 

La délocalisation

FLORIAN – Suzanne ? Faites entrer le représentant du comité d’entreprise.

CECILE – Vous vouliez me voir, patron ?

FLORIAN – Oui, entrez, il faut que je vous parle. Asseyez-vous, prenez un siège. Elle va pour s’asseoir sur le fauteuil. Non, pas celui-là… Il désigne le tabouret. Celui-là…

Long silence, employé inquiet, patron réjoui.

CECILE – Vous vouliez me dire quelque chose, patron ?

FLORIAN – Oui, ma petite Cécile, mais pas à vous en tant que « petite Cécile », mais en tant que « Cécile, représentante du comité d’entreprise »… Et… (il fait durer le plaisir) c’est une bonne nouvelle !

CECILE – Vous allez nous augmenter ?

FLORIAN – Dites-moi, ma petite Cécile, vous êtes au courant qu’il y a une crise mondiale ? Que tous les prix s’envolent? Que le monde entier est au bord de la faillite ?

CECILE – Ben oui, je m’en suis rendu compte. Surtout avec 800 euros par mois… C’est pour ça qu’une petite augmentation, ça ferait pas de mal à notre pouvoir d’achat, à moi et aux collègues de l’atelier…

FLORIAN – Arrêtez de dire des bêtises, ma petite Cécile. Une augmentation ! En pleine crise ! Vous voulez que l’entreprise mette la clé sous la porte ?

CECILE – Bon, ben, alors, vous m’avez fait venir pour quoi ?

FLORIAN – Je vous l’ai dit : pour une bonne nouvelle ! Et c’est une bonne nouvelle pour tous les employés !

CECILE – Vous partez en retraite ?

FLORIAN – Non mais dites donc, Cécile !

CECILE – vous avez fait réparer la machine à café ?

FLORIAN – Euh… non. L’entreprise qui assurait la maintenance a fermé. Rachetée par des américains. Ils ont viré tout le monde et revendu l’usine. Vous n’aurez qu’à vous cotiser pour acheter une cafetière.

CECILE – Vous allez nous laisser prendre nos RTT ?

FLORIAN – Ah ! ça suffit avec vos RTT ! On vous a pourtant bien expliqué, il y a deux ans, que pour sauver l’usine, il fallait repasser aux quarante heures sans augmentation de salaire. C’est tout de même incroyable, on se coupe en quatre pour vous trouver des solutions, pour préserver votre si précieux pouvoir d’achat, et voilà comment vous nous remercier !

CECILE – Bon, ben, alors, je vois pas ce qu’il peut y avoir comme bonne nouvelle…

FLORIAN – Dites-moi, ma petite Cécile, vous aimez les voyages ?

CECILE – Ben, j’en sais rien. J’ai pas les moyens de me payer ce genre de trucs…

FLORIAN – Eh bien, pour fêter les deux millions d’euros de bénéfices que nous allons annoncer dans le prochain bilan, les actionnaires vous offrent un voyage !

CECILE – Un voyage ?

FLORIAN – Un voyage !

CECILE – A tous les employés ?

FLORIAN – A tous ceux qui le souhaiterons !

CECILE – Ben ça, patron ! Je ne sais pas quoi dire !

FLORIAN – Ne dites rien, vous me remercierez plus tard.

CECILE – Je vais tout de suite annoncer ça aux collègues de l’atelier. Elle se lève, commence à partir, puis s’arrête. Au fait, patron, il est pour où, ce voyage ?

FLORIAN – Oh c’est vrai ! Je ne vous l’ai même pas dit ! Tenez-vous bien, ma petite Cécile : il s’agit d’un voyage pour… La Chine !

CECILE – La Chine ? Eh bien ! On peut dire qu’ils ne se moquent pas de nous !

FLORIAN – Comme vous dites, ma petite Cécile. Allez, ne traînez pas. Rejoignez vite vos collègues pour leur annoncer la bonne nouvelle.

CECILE – Oui. J’y cours. Et encore merci, patron. Elle sort.

FLORIAN – Regard paternaliste dans la direction qu’a prise Cécile. Brusque changement de regard, il appuie sur l’interphone de son bureau. Suzanne ? Appelez nos actionnaires américains. Dites-leur que ça y est, je l’ai annoncée au comité d’entreprise, la délocalisation en Chine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’augmentation

CLAIRE – Mademoiselle Martin ?

ALEXINE – Madame la directrice…

CLAIRE – Mademoiselle Martin. Prenez un siège, je vous en prie.

ALEXINE – Je suis confuse…

CLAIRE – Du tout, du tout. Dites-moi, mademoiselle Martin, voilà près de trois jours que vous n’avez pas mis les pieds au bureau.

ALEXINE – Ne m’en parlez pas !…

CLAIRE – Permettez ! C’est justement pour vous en parler, que je vous ai fait venir.

ALEXINE – Madame, je vais vous expliquer. J’ai été retenue chez moi par des affaires de famille. J’ai perdu mon beau-frère…

CLAIRE – Encore !

ALEXINE – Monsieur…

CLAIRE – Dites, Martin, est-ce que vous vous fichez de moi ?

ALEXINE – Oh !…

CLAIRE – Alors, aujourd’hui, vous avez perdu votre beau-frère, comme déjà, il y a trois semaines, vous aviez perdu votre tante, comme vous aviez perdu votre oncle le mois dernier, votre père à la Trinité, votre mère à Pâques ! Sans parler de tous les cousins, cousines, et autres parents éloignés que vous n’avez cessé de mettre en terre à raison d’au moins un par semaine. Quel massacre ! non, mais quel massacre ! A-t-on idée d’une boucherie pareille !… Et je ne parle ici, notez bien, ni de la petite sœur qui se marie deux fois l’an, ni de la grande qui accouche tous les trois mois. Eh bien ! mademoiselle, en voilà assez. Que vous vous moquiez du monde, soit ! mais il y a des limites à tout, et si vous supposez que la direction vous donne mille deux cents euros…

ALEXINE  – mille deux cents euros anciens…

CLAIRE – …mille deux cents euros pour que vous passiez votre vie à marier les uns, à enterrer les autres, ou à tenir vos neveux sur les fonts baptismaux, vous vous mettez le doigt dans l’œil !

ALEXINE – Madame la directrice…

CLAIRE – Taisez-vous ! Vous parlerez quand j’aurai fini ! (temps) J’ai fini.

ALEXINE – Vous me faites bien de la peine, madame la directrice ! À la façon dont vous me parlez, je vois bien que vous n’êtes pas contente. Dieu vous garde, madame, de vivre jamais un quart d’heure de ma vie d’employée !

CLAIRE (étonnée) – Pourquoi cela ?

ALEXINE – Écoutez, madame. Avez-vous jamais réfléchi au sort du pauvre employé qui ne veut pas aller au bureau, et que la peur d’être mis à la porte poursuit, torture d’un bout de la journée à l’autre ?

CLAIRE – ???.

ALEXINE – Eh bien ! madame, c’est une chose épouvantable. Tous les matins, je me raisonne, je me dis : «  Va au bureau, Alexine ; voilà plus de huit jours que tu n’y es pas allée ! «  Je m’habille, alors, et je pars ; je vais vers le bureau. Et puis je me dis : «  Il est trop tard. J’aurais l’air de me moquer du monde. Ce sera pour une autre fois ! «  Quelle existence ! Quelle existence ! Je vis dans la crainte du renvoi comme un ouvrier d’Arcelor dans la crainte de la délocalisation !…

CLAIRE – Une question, mademoiselle Martin. Est-ce que vous parlez sérieusement ?

ALEXINE – Vous croyez que j’ai le cœur à la plaisanterie !… Mais réfléchissez donc, madame la directrice. Les mille deux cents euros qu’on me donne ici, je n’ai que cela pour vivre, moi ! Qu’est-ce que je vais devenir le jour inévitable où on ne me les donnera plus ? Ce n’est pas gai, tout cela ! C’est bien simple, j’ai maigri de dix kilos depuis que je ne suis jamais au bureau ! (elle relève son pantalon). Regardez plutôt mes mollets, si on ne dirait pas des bougies. Et si vous pouviez voir mes reins ! des vrais reins de chat écorché ; c’est lamentable. Tenez, madame, nous sommes entre femmes, nous pouvons bien nous dire cela, ce matin, j’ai eu la curiosité de regarder mon derrière dans la glace. Eh bien ! j’en suis encore malade, rien que d’y penser. Quel spectacle ! Un pauvre petit derrière de rien du tout, gros à peine comme les deux poings !… Je n’ai plus de fesses, elles ont fondu ! (Hochant la tête) Ah ! ça finira mal, tout cela ; ça me jouera un mauvais tour.

CLAIRE– Eh bien ! Mais, venez au bureau, mademoiselle Martin.

ALEXINE – Impossible, madame la directrice.

CLAIRE – Pourquoi ?

ALEXINE – Je ne peux pas … Ça m’ennuie.

CLAIRE – Si tous vos collègues tenaient ce langage…

ALEXINE – Je vous ferai remarquer, madame la directrice, avec tout le respect que je vous dois, qu’il n’y a pas de comparaison à établir entre moi et mes collègues. Mes collègues ne donnent au bureau que leur zèle, leur activité, leur intelligence et leur temps : moi, c’est ma vie que je sacrifie ! (Désespérée.) Ah ! tenez, madame, ce n’est plus tenable !

CLAIRE (se levant) : – C’est assez mon avis.

ALEXINE (se levant également) : – N’est-ce pas ?

CLAIRE – Absolument. Remettez-moi votre démission.

ALEXINE (étonnée) : – Ma démission ? Mais, Madame, je ne songe pas à démissionner ! je demande seulement une augmentation.

CLAIRE – Comment, une augmentation !

ALEXINE – Ben, réfléchissez. Je ne vais quand même pas me tuer pour mille deux cents euros par mois…

 

 

 

 

 

 

Noël de rêve

ALICE – Mon chéri ? Il faudrait que l’on organise notre noël !! Qu’est-ce qu’on achète ? Et qu’est-ce qu’on fait ? Il ne reste plus beaucoup de temps et il faudrait se dépêcher.

RICHARD  – Ah ! Oui, ma colombe d’amour. C’est vrai, qu’est-ce qu’on…

ALICE  – (coupant son mari) Moi j’ai pensé à quelques petits trucs. Euh… quel est notre budget, au fait?

RICHARD – Eh bien, disons 1000 euros….

ALICE  – (surprise) Anciens ?

RICHARD  – Non, non, 1000 € nouveaux.

ALICE  – Ah … tu me rassures, c’est déjà un peu plus raisonnable.

RICHARD  – (Un peu surpris) Euh… c’est amplement suffisant !!

ALICE  – Oui, enfin bon. (l’air toute excitée) Cette année je voudrais un noël divin, splendide, avec des décorations partout, des lumières fluorescentes, un repas succulent…

RICHARD  – Enfin, la totale, quoi !!

ALICE  – Voilà mamour, tu as tout compris. Alors prends un stylo, un papier, et note.

RICHARD  – Euh… je crois bien qu’il faudrait aussi la calculatrice parce que…

ALICE  – Parce que quoi ?

RICHARD  – Non, non, rien, mieux vaut être prudent, c’est tout.

ALICE  – bon, dépêche toi et note. Alors, pour le repas, il faudrait du caviar.

RICHARD  – DU CAVIAR !!!

ALICE  – oui, du caviar, cela changera un peu. Tais-toi et note.

RICHARD  – (air encore plus désespéré) ho! la! La!

ALICE  – Alors du caviar, de la langoustine, du pudding, du chevreuil, du foie gras accompagné de sa sauce et de ses truffes, du champagne et encore du champagne, des fraises, des groseilles…

RICHARD  – Des fraises ! Des groseilles ! Mais ce n’est pas la saison, on ne va jamais en trouver.

ALICE  – Ne t’inquiète pas, si tu cherche bien, tu en trouveras !! Bon, maintenant, il faudrait choisir les cadeaux. Pour Chloé, elle veut une dînette, avec tous les équipements, le service complet et aussi un nouveau lit car il grince énormément et c’est très désagréable pour mes pauvres petites oreilles. Ensuite, pour Mathilde, elle veut le nouvel iphone, celui qui vient juste de sortir, tu sais ?

RICHARD  – oui, oui, je sais. Vu le prix, c’est sûr que tout le monde le connaît !!

ALICE – oui, bon, elle veut aussi un polo Lacoste et un sac Longchamp, elle tient de sa mère, celle là. (Air ravi)

RICHARD  – oui, j’avais remarqué, vraiment pas de chance pour mon porte-monnaie.

ALICE  – et enfin, pour Paul, il veut la nouvelle Playstation et un ordinateur dans sa chambre. Et toi, mon biquet, tu veux quoi ?

RICHARD  – un bon verre d’eau fraîche et ça suffira !!

ALICE  – mais non, ne dit pas de bêtises. Note : une nouvelle veste Lacoste et un nouveau déodorant Hermès. Et pour moi, tu m’achètes quoi ? (air impatiente)

RICHARD  – euh… j’ai ma petite idée. (à Alice) Je pensais à ta propre carte bleue… (au public) sur un compte bloqué…

ALICE  – ensuite, il faudrait acheter un gigantesque sapin avec plein de décorations, de boules et de guirlandes. Ah !! J’avais oublié le plus important : les TENUES !!

RICHARD  – quelles tenues ??

ALICE  – mais oui, il nous faut de nouveaux habits : on ne va pas aller à la messe avec les mêmes habits que l’année dernière, moi avec ma fourrure en Vison et toi avec le même costume. NON, NON, on ira à Paris faire les magasins. Bon, maintenant, le verdict : cela fait combien en tout ?

RICHARD  – euh… attends je crois que l’on a largement dépassé notre budget et cela me terrorise. Attends que j’additionne tout et cela fait (air stressé en fermant les yeux) : 6 580 € ! (air abasourdi)

ALICE  – (moqueuse) ah oui, en effet, on a un peu dépassé le budget !!

RICHARD  – un peu !!! Attends, tu plaisantes, j’espère ? Cela fait EN TOUT 6 580 € ! Tu te rends compte !!!

ALICE  – calme-toi, mon chéri. Mais c’est vrai que ça fait beaucoup… Il va falloir trouver une solution…

grand-tata Marcelle… (les mêmes)

RICHARD – Je pourrais peut-être demander une augmentation ?

ALICE – Je ne suis pas trop sûre… J’ai rencontré Alexine, elle s’est fait virer parce qu’elle en avait demandé une. Tu te rends compte ? Elle qui se tuait au travail, jamais malade, jamais absente… Tu la verrais, elle en fait de la dépression. C’est bien simple, elle a fondu, elle n’a plus de fesses…

RICHARD – C’est scandaleux. Ces choses-là ne devraient pas être permises. Tiens, tu veux que je te dise, il n’y a plus de morale !

ALICE – Tu as raison, mamour. En tout cas, il faut trouver une autre solution…

RICHARD – Je pourrais chercher un autre boulot mieux payé ?

ALICE – Vu la situation actuelle ? Tu es au courant qu’il y a une crise ? A mon avis, le moment est assez mal choisi… Tu risquerais de te retrouver sans rien du tout… Tiens ! A ce propos, j’ai aussi vu Cécile. Elle essaie de vendre sa maison parce que son entreprise délocalise en Chine. En Chine ! Cécile ! Tu imagines ?

RICHARD – C’est scandaleux. Ces choses-là ne devraient pas être permises. Tiens, tu veux que je te dise, il n’y a plus de morale !

ALICE – Oui, mais c’est comme ça…

RICHARD – Je pourrais essayer de travailler au noir ?

ALICE – Je viens de te dire que c’était la crise. Plus personne n’a d’argent. Même les patrons du CAC n’ont plus de stock options. Même le patron de la Société Générale a été obligé de démissionner.

RICHARD – C’est scandaleux. Ces choses-là ne devraient pas être permises. Tiens, tu veux que je te dise…

ALICE – Je sais, il n’y a plus de morale! Très long silence Dis-moi, comment va ta grand-tante ?

RICHARD – Grand-tata Marcelle ? Il y a une éternité que je ne l’ai pas vue…

ALICE – Ca lui fait quel âge, maintenant ?

RICHARD – Oh, elle doit bien aller sur les quatre-vingt-dix-huit.

ALICE – Ah quand même ! Et elle est bien dans sa maison de retraite ?

RICHARD – Ben elle peut ! 2000 euros par mois !

ALICE – 2000 euros… anciens ?

RICHARD – 2000 euros nouveaux !

ALICE – Nouveaux ? C’est scandaleux. Ces choses-là ne devraient pas être permises.

RICHARD – Il n’y a plus de morale !

ALICE – Enfin, la pauvre vieille, elle doit se sentir bien seule dans sa maison de retraite. Très long silence. En fait, elle n’a plus que toi comme famille ?…

RICHARD – Oui… Plus que moi… Ces choses-là ne devraient pas être permises…

Très long silence

ALICE – Dis-moi… je pensais… Ce serait charitable de l’inviter à noël…

RICHARD – Oui. C’est pas pour ce que ça va coûter : elle ne mange presque plus… Elle ne digère plus rien… Surtout le lait…

ALICE – Oh, pour noël, je suis sûre qu’elle fera un petit effort… Très très long silence, jusqu’à ce qu’il comprenne. Ils sortent lentement, puis s’arrêtent. Au fait, pour le réveillon, j’ai oublié : rajoute du fromage… Ils refont quelques pas. Beaucoup de fromage… Ils sortent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’enterrement du PEP

ALEXINE – (très joyeuse) Je voulais vous remercier de m’avoir invité à l’enterrement de votre tata.

ROBIN – (Très triste) Oh, de rien…

ALEXINE – Si, quand même… J’ai trouvé ça très bien, impeccable.

ROBIN – Oui, ça vous a plu… ?

ALEXINE – Ah, beaucoup ! J’ai pas l’habitude de faire des compliments, mais là… tout m’a plu…

ROBIN – Ben, j’ai mis le paquet…

ALEXINE – Et puis j’ai trouvé que le deuil vous va drôlement bien.

ROBIN – Ah oui ?

ALEXINE – Oui, et puis sans faire de compliments, j’ai vraiment tout trouvé bien… Et puis, quand j’ai vu l’Espace diesel arriver, impeccable, noir, vitres teintées…

ROBIN – Ah, j’ai pas hésité, hein, et puis la messe, pareil… c’était aux petits oignons

ALEXINE –C’est ce que je me suis dit ! Je me suis dit : « la messe est aux petits oignons » ! Et puis le curé, avec sa belle chasuble, la petite mirabelle d’enfants de chœur qui le suivaient…

ROBIN – Le cercueil était…

ALEXINE – Ah ben ! Magnifique ! Qu’est-ce-que c’était ? C’était du chêne ?

ROBIN – Oui, imperméabilisé. Velouré rouge…

ALEXINE – A l’intérieur ?

ROBIN – Oui, clouté avec des clous dorés…

ALEXINE – J’ai pas osé regarder à l’intérieur…

ROBIN – Oh ! Ben, vous auriez dû parce qu’il a été ouvert pendant deux jours…

ALEXINE – J’ai pas osé. Je me suis dit : si tout le monde l’ouvre et le referme, ça va le…

ROBIN – Oh non… Fallait pas hésiter.

ALEXINE – Et puis même, après, le vin d’honneur…

ROBIN – Et puis le restaurant sur la route de Virazeil…

ALEXINE – Oui, oui…

ROBIN – Je peux vous dire que ça m’a coûté un paquet…

ALEXINE – Ah ben oui… Mais tout était…

ROBIN – Un paquet ! 5000 euros anciens !

ALEXINE – Je voulais vous le dire : c’est rare de réussir aussi bien un enterrement !

ROBIN –Mon plan d’épargne, il est…

ALEXINE – (temps et ton sérieux) Votre PEP ?

ROBIN – Mon PEP, oui, ben, il est mort…

ALEXINE – (temps et ton très triste) J’étais pas au courant…

ROBIN – Ca lui a été fatal…

ALEXINE – Votre PEP est mort… Il avait quel âge… ?

ROBIN – A peine cinq ans…

ALEXINE – (retenant ses larmes) A peine cinq ans… !

ROBIN – Cinq ans, tout juste…

ALEXINE – J’étais pas au courant… excusez-moi… C’est ma faute… (Il le prend dans ses bras et il l’embrasse en pleurant) Il vous reste un PEA, quand même…

ROBIN – Oui, mais enfin bon…

ALEXINE – C’est pas pareil !

ROBIN – C’est pas la même chose…

ALEXINE – Pauvre monsieur Dauly…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les taxes

CLAIRE – je trouve que, à l’heure actuelle, le français est constamment, constamment taxé, il faut payer, payer, payer, payer, payer tout le temps…

CECILE – c’est tout le temps la même chose !

CLAIRE – on est pris à la gorge !

CECILE – et puis c’est toujours les mêmes…

CLAIRE – on est pris à la gorge !

CECILE – c’est toujours les mêmes, hein !

CLAIRE – c’est toujours les mêmes !

CECILE – on nous saigne, hein, on nous saigne à vif !

CLAIRE – on nous saigne à blanc ! Je prends rien qu’un exemple :

CECILE – on nous fait pas de cadeau !

CLAIRE – je prends rien qu’un exemple : les automob…, les automob…, les automob…, les automob…

CECILE – les autobus ?

CLAIRE – non ! Les… non ! Les… (Il tourne le volant avec les mains)

CECILE – les autoroutes ?

CLAIRE – oui, aussi ! Mais les… ah ! Comment … ? Les … ?

CECILE – les otaries ?

CLAIRE – non !! Les… les aut….

CECILE – les phoques ?

CLAIRE – non ! Non plus ! Les … (il tourne le volant)

CECILE – Ah ! Oui ! Les auto-tamponneuses !

CLAIRE – non ! Les automob… les aut… (temps) les conducteurs de voitures ! Les con-duc-teurs-de-voi-tures ! Alors, il faut payer l’assurance… il faut payer… euh…

CECILE – l’essence ! Dix euros le litre !

CLAIRE – dix euros le litre ?

CECILE – ben oui… dix euros… anciens !

CLAIRE – ah oui, anciens. Je me disais aussi… donc quinze francs !

CECILE – oui, c’est ça, quinze francs nouveau, dix euros anciens…

CLAIRE – alors il faut payer l’assurance, il faut payer l’essence, il faut payer, euh…

CECILE – tout le temps !

CLAIRE – tout le temps ! Et puis la vignette ! et-puis-la-vi-gnette !

CECILE – ah oui, la vignette…

CLAIRE – parlons-en de la vignette !

CECILE – oui, parlons-en… oui ! Parce que pendant qu’ils y sont, ils ont qu’à nous coller des vignettes sur les tracteurs ! Sur les tondeuses ! Sur les motoculteurs, sur les élévat…, sur les élévat…, sur les élévat…, sur les élévat…

CLAIRE – sur les Fenwick !

CECILE – voilà !

CLAIRE – ils ont qu’à nous en coller partout !

CECILE – partout !

CLAIRE – et les piétons ? Hein, les piétons ? Alors, le piéton, il traverse quand il veut, il est jamais taxé !!!

CECILE – et les gamins ? Hein, et les gamins ? Les poussettes, pourquoi qu’ ….

CLAIRE – et les landaus !!!!

CECILE – pourquoi qu’on n’en mettrait pas dessus ?

CLAIRE – oui, pourquoi pas ?

CECILE – et le gamin en patins à roulettes qui est dans la rue? Pourquoi on lui collerait pas une vignette ? Après tout, il est dans la rue !  Alors, ils sont gentils de nous coller des taxes comme ça, hein, mais le jour ou on va descendre, on va descendre !

CLAIRE – il y a deux poids, deux masures !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La PMite

ANNE-CLAIRE – Aujourd’hui, dans les entreprises, la vogue est à la séquestration. On prend en otage le directeur, les contremaîtres, le directeur des ressources humaines… mais quelquefois, les résultats ne sont pas à la hauteur des revendications.

LUCILLE – C’est archaïque !

ANNE-CLAIRE – Oui, archaïque ! Alors, aujourd’hui, une nouvelle mode, c’est « tout faire péter ! ». Mademoiselle Aguilar est venu avec un nouveau produit.

LUCILLE – Une PMite.

ANNE-CLAIRE – Une PMite ? Ça commence comme PME et ça finit comme dynamite !

LUCILLE – Voilà ! Exactement ! Alors ça se présente sous une forme de petite mallette de cadre…

ANNE-CLAIRE – C’est ni plus ni moins qu’une mallette !

LUCILLE – Une petite mallette de cadre toute simple. Alors, ça peut se glisser sous une table de réunion, ça peut se laisser abandonner dans un atelier, ça peut s’oublier dans un bureau de direction après une réunion de délégués du personnel…

ANNE-CLAIRE – Ah oui, oui, oui… Mais ouvrez-la car elle réserve des surprises !

LUCILLE – Ben oui, à l’intérieur, c’est pas pareil…

ANNE-CLAIRE – Non, c’est pas pareil… Alors, de quoi s’agit-il ?

LUCILLE – Alors là, vous avez donc un détonateur, un allumeur, un petit pain de dynamite…

ANNE-CLAIRE – Ah oui, et alors, ça peut faire péter une entreprise de combien, à peu près?

LUCILLE – Pfft, disons que… bon… 15… jusqu’à 50…

ANNE-CLAIRE – Ah, quand même ! Jusqu’à cinquante ? Et pour un consortium, est-ce suffisant ?

LUCILLE – Non ! Alors là, je dis non. Il faut quelque chose de plus important…

ANNE-CLAIRE – Et pour le prix ? Ça doit être cher, quand même ?

LUCILLE – Ben, 5000 euros anciens… Mais ça vaut le coup…

ANNE-CLAIRE – Oui, oui, oui… alors on m’a dit que ce produit avait connu un grand succès au printemps, en Corse, à l’occasion de la fête des pères ?

LUCILLE – Oh là là, oui, on n’a pas arrêté, je dirais que ça a été… un… oui, un boum, un véritable boum sur la PMite. Alors, certains composants sont libyens, ça a été mis au point en Irak, et puis ça a été testé au Pays Basque…

ANNE-CLAIRE – Ca intéresse à l’heure actuelle toutes les régions.

LUCILLE – Oui, toutes les régions qui se sont penchées sur le problème…

ANNE-CLAIRE – (Très content de lui…) En tout cas, l’alibi, nous ne l’avons plus pour ne pas nous procurer la PMite, une autre façon de dynamiter le dialogue social !

 

Pour me rendre à mon bureau

RICHARD –

Pour me rendre à mon bureau, j’avais acheté une auto,

Une jolie traction avant qui filait comme le vent

C’était en juillet 39, je me gonflais comme un bœuf,

Dans ma fierté de bourgeois de rentrer si vite chez moi,

Mais vint septembre et je pars pour la guerre,

Huit mois plus tard, en revenant,

Réquisition d’ma 11 chevaux légère,

Streng verboten provisoirement,

 

Pour me rendre à mon bureau, alors j’achète une moto,

Un joli vélomoteur faisant du 40 à l’heure,

A cheval sur mon teuf-teuf, je me gonflais comme un bœuf,

Dans ma fierté de bourgeois de rentrer si vite chez moi,

Elle ne consommait presque pas d’essence,

Mais presque pas, c’est encore trop,

Voilà qu’on me retire ma licence,

J’ai dû revendre ma moto

 

Pour me rendre à mon bureau, alors j’achète un vélo,

Un très joli tout nickelé, avec une chaîne et deux clés,

Monté sur des pneus tout neufs, je me gonflais comme un bœuf,

Dans ma fierté de bourgeois d’avoir un vélo à moi,

J’en ai eu coup sur coup une douzaine,

On m’les volait périodiquement,

Comme chacun d’eux valait le prix d’une Citroën,

Je fus ruiné très rapidement,

 

Pour me rendre à mon bureau, alors j’ai pris le métro,

Ça ne coûte pas très cher et il y fait chaud l’hiver,

Alma, Iéna et marbeuf, je me gonflais comme un bœuf,

Dans ma fierté de bourgeois de rentrer si vite chez moi,

Hélas par économie de lumière,

On a fermé bien des stations,

Et puis ce fut ce fut la ligne toute entière

Qu’on supprima sans rémission

 

Pour me rendre à mon bureau, j’ai mis deux bons godillots,

Et j’ai fait quatre fois par jour, le trajet à pieds aller retour,

Les tuileries, le Pont Neuf, je me gonflais comme un bœuf,

Fier de souffrir de mes cors, pour un si joli décor,

Hélas bientôt je n’aurai plus d’godasses,

Le cordonnier ne ressemelle plus,

Mais en homme prudent et perspicace,

Pour l’avenir j’ai tout prévu,

 

Je vais apprendre demain, à me tenir sur les mains,

J’irai pas très vite bien sûr, mais je n’userai plus de chaussures,

J’verrai le monde de bas en haut, c’est peut-être plus rigolo,

J’n’y perdrai rien, par surcroît, il est pas drôle à l’endroit !

 

 

 

 

 

 

 

 

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